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lundi, 13 avril 2015

Toute mon enfance dans une pomme de terre

Aujourd'hui, je me suis décidée, Dieu sait pourquoi (à vrai dire, non, sans doute ne le sait-Il pas car il a mieux à faire) à ranger le tiroir du buffet de ma maman. Cela fait huit ans qu'elle est partie, et pendant ces huit années, je l'avais gardé tel quel. 

Et aujourd'hui, je l'ai rangé: je me suis résolue à jeter des vieilles publicités, à classer les recettes, à rassembler les magnets qu'elle collectionnait, sans doute pour ses petits-enfants, mes fistons, donc. Avec le sentiment que ce désordre sien que je remplaçais par cet ordre mien signifiait. Pas forcément du côté de la trahison ou de l'oubli, d'ailleurs. Mais bref...

Et au détour de ce tiroir, si j'ose dire (mais en fait, je crois que j'en ai parcouru, du chemin, dans ce tiroir...), j'ai retrouvé ceci : eh bien, croyez-le ou pas, je crois bien que ce fut là ma première émotion esthétique! Je n'étais pas bien grande (les gribouillis en témoignent!) mais ces pommes de terre qu'on pouvait reconnaitre, alors même qu'elles n'étaient plus pommes de terre, me fascinaient! 

On a les madeleines qu'on peut...

pommes de terre astra.jpg

 

jeudi, 08 janvier 2015

Victor Hugo, L'année terrible

Mais qui donc a jeté ce tison ? Quelle main,
Osant avec le jour tuer le lendemain,
A tenté ce forfait, ce rêve, ce mystère
D'abolir la ville astre, âme de notre terre,
Centre en qui respirait tout ce qu'on étouffait ?
Non, ce n'est pas toi, peuple, et tu ne l'as pas fait.
Non, vous les égarés, vous n'êtes pas coupables!
Le vénéneux essaim des causes impalpables,
Les vieux faits devenus invisibles vous ont
Troublé l'âme, et leur aile a battu votre front;
Vous vous êtes sentis enivrés d'ombre obscure;
Le taon vous poursuivait de son âcre piqûre,
Une rouge lueur flottait devant vos yeux,
Et vous avez été le taureau furieux.

J'accuse la Misère, et je traîne à la barre
Cet aveugle, ce sourd, ce bandit, ce barbare,
Le Passé; je dénonce, ô royauté, chaos,
Tes vieilles lois d'où sont sortis les vieux fléaux!
Elles pèsent sur nous, dans le siècle où nous sommes,
Du poids de l'ignorance effrayante des hommes;
Elles nous changent tous en frères ennemis;
Elles seules ont fait le mal; elles ont mis
La torche inepte aux mains des souffrants implacables.
Elles forgent les nœuds d'airain, les affreux câbles,
Les dogmes, les erreurs, dont on veut tout lier,
Rapetissent l'école et ferment l'atelier;
[…] Elles font le jour louche et le regard myope;
Courbent les volontés sous le joug étouffant;
Vendent à la chaumière un peu d'air, à l'enfant
L'alphabet du mensonge, à tous la clarté fausse;
Creusent mal le sillon et creusent bien la fosse;
Ne savent ce que c'est qu'enseigner, qu'apaiser;
[…] N'ont point, depuis les temps de Cyrus, d'Astyage,
De Cécrops, de Moïse et de Deucalion,
Fait un pas hors du lâche et sanglant talion;
Livrent le faible aux forts, refusent l'âme aux femmes,
Sont imbéciles, sont féroces, sont infâmes!
Je dénonce les faux pontifes, les faux dieux,
Ceux qui n'ont pas d'amours et ceux qui n'ont pas d'yeux
Non, je n'accuse rien du présent, ni personne;
Non, le cri que je pousse et le glas que je sonne,
C'est contre le passé, fantôme encor debout
Dans les lois, dans les mœurs, dans les haines, dans tout.
J'accuse, ô nos aïeux, car l'heure est solennelle,
Votre société, la vieille criminelle!
La scélérate a fait tout ce que nous voyons;
C'est elle qui sur l'âme et sur tous les rayons
Et sur tous les essors posa ses mains immondes,
Elle qui l'un par l'autre éclipsa les deux mondes,
La raison par la foi, la foi par la raison;
Elle qui mit au haut des lois une prison;
Elle qui, fourvoyant les hommes, même en France,
Créa la cécité qu'on appelle ignorance,
Leur ferma la science, et, marâtre pour eux,
Laissant noirs les esprits, fit les cœurs ténébreux!
Je l'accuse, et je veux qu'elle soit condamnée.
Elle vient d'enfanter cette effroyable année.
Elle égare parfois jusqu'à d'affreux souhaits
Toi-même, ô peuple immense et puissant qui la hais!
Le bœuf meurtri se dresse et frappe à coups de corne.
Elle a créé la foule inconsciente et morne,
Elle a tout opprimé, tout froissé, tout plié,
Tout blessé; la rancune est un glaive oublié,
Mais qu'on retrouve; hélas! la haine est une dette.
Cette société que les vieux temps ont faite,
Depuis deux mille ans règne, usurpe notre bien,
Notre droit, et prend tout même à ceux qui n'ont rien;
Elle fait dévorer le peuple aux parasites;
La guerre et l'échafaud, voilà ses réussites;
Elle n'a rien laissé que l'instinct animal
Au sauvage embusqué dans la forêt du mal;
Elle répond de tout ce que peut faire l'homme;
La bête fauve sort de la bête de somme,
L'esclave sous le fouet se révolte, et, battu,
Fuit dans l'ombre, et demande à l'enfer: Me veux-tu ?
Etonnez-vous après, ô semeurs de tempêtes,
Que ce souffre-douleur soit votre trouble-fêtes,
Et qu'il vous donne tort à tous sur tous les points;
Qu'il soit hagard, fatal, sombre, et que ses deux poings
Reviennent tout à coup, sur notre tragédie
Secouer, l'un le meurtre, et l'autre l'incendie!
J'accuse le passé, vous dis-je! il a tout fait.
Quand il abrutissait le peuple, il triomphait.
[…] Hélas, il a créé l'indigence sinistre
Qui saigne et qui se venge au hasard, sans savoir,
Et qui devient la haine, étant le désespoir!

Qui que vous soyez, vous que je sers et que j'aime,
Souffrants que dans le mal la main du crime sème,
Et que j'ai toujours plaints, avertis, défendus
O vous les accablés, ô vous les éperdus,
Nos frères, repoussez celui qui vous exploite!
Suivez l'esprit qui plane et non l'esprit qui boite;
Montez vers l'avenir, montez vers les clartés:
Mais ne vous laissez plus entraîner! résistez!
Résistez, quel que soit le nom dont il se nomme,
A quiconque vous donne un conseil contre l'homme.

 

Victor Hugo, L’Année terrible

dimanche, 22 juin 2014

Hugo : microcosmos

Qui, comme lui, sait regarder, mais aller au-delà de son regard, et surtout nous faire partager ce qu'il a vu? 

Qui?

 

Scarabée japonais adulte IPM

By David Cappaert, Michigan State University, United States (IPM Images, Image Number: 2106088) [CC-BY-SA-3.0], via Wikimedia Commons

" Tout cela m'amuse et me ravit. A Freiburg, j'ai oublié longtemps l'immense paysage que j'avais sous les yeux pour le carré de gazon dans lequel j'étais assis. C'était sur une petite bosse sauvage de la colline. Là aussi il y avait un monde. Les scarabées marchaient lentement sous les fibres profondes de la végétation; des fleurs de ciguë en parasol imitaient les pins d'Italie; une longue feuille, pareille à une cosse de haricots entr'ouverte, laissait voir de belles gouttes de pluie comme un collier de diamants dans un écrin de satin vert; un pauvre bourdon mouillé, en velours jaune et noir, remontait péniblement le long d'une branche épineuse; des nuées épaisses de moucherons lui cachaient le jour; une clochette bleue tremblait au vent, et toute une nation de pucerons s'était abritée sous cette énorme tente; près d'une flaque d'eau qui n'eût pas rempli une cuvette, je voyais sortir de la vase et se tordre vers le ciel, en aspirant l'air, un ver de terre semblable aux pythons antédiluviens, et qui a peut-être aussi, lui, dans l'univers microscopique, son Hercule pour le tuer et son Cuvier pour le décrire. En somme, cet univers-là est aussi grand que l'autre. Je me supposais Micromégas; mes scarabées étaient des megatheriums giganteums, mon bourdon était un éléphant ailé, mes moucherons étaient des aigles, ma cuvette d'eau était un lac, et ces trois touffes d'herbe haute étaient une forêt vierge.—Vous me reconnaissez là, n'est-ce pas, ami?—A Rhinfelden, les exubérantes enseignes d'auberge m'ont occupé comme des cathédrales; et j'ai l'esprit fait ainsi, qu'à de certains moments un étang de village, clair comme un miroir d'acier, entouré de chaumières et traversé par une flottille de canards, me régale autant que le lac de Genève." (Le Rhin, IV, lettre XXXV)

12:09 Publié dans Hugo2 | Lien permanent | Commentaires (0)

samedi, 21 juin 2014

Hugo bashing

300px-Horace_Vernet-Barricade_rue_Soufflot.jpgOn a beaucoup parlé de Victor Hugo ces derniers temps. On pourrait s'en réjouir... mais...

Les lycéens qui l'ont descendu en flammes ne m'inquiètent pas: ils s'amusent. Ils me rappellent une anecdote personnelle... (regard perdu dans le lointain...). Juste après la naissance de mon fiston aîné, les collègues de mon mari, prof de maths, avaient décidé, pour célébrer l'événement, de proposer des problèmes entièrement consacrés à ses biberons, dont le "Petit Mikhaël" buvait les 2/3, sachant que la veille, il en avait bu les 5/8 et que le lendemain, il en boirait les 3/4. Vous voyez le genre: les robinets, en pire et dans l'autre sens, si j'ose dire! Un élève, à la fin d'une épreuve, est venu dire à mon mari: "Je te lui aurais fait boire son biberon en entier, moi, au Petit Mikhaël!". Cela me paraît de la même eau, si je (r)ose dire.

La seule chose, c'est que je me demande si au fond, on étudie tellement les poèmes de Victor Hugo: ses pièces de théâtre, oui; Le Dernier Jour d'un condamné, oui, mais Les Contemplations? Je dis ça, je ne dis rien : je n'ai aucune indication qui me permette de répondre à ma propre interrogation. Amis profs, à vos claviers! Interrogation nullement polémique: étant donné la place que tiennent les Oeuvres Complètes du petit père Hugo sur une étagère, on comprend volontiers qu'on ne puisse pas tout aborder. Et quand une amie m'a dit que "Crépuscule" était tombé au Bac, même si j'en ai honte, je n'ai pas vu de quel poème il s'agissait. Cela indique bien que je ne connais pas autant mon Victor que je le prétends mais cela indique aussi dans quel sens je pose la question précédente.

Ce qui m'attriste, ce sont les commentaires de certains adultes. Etait-il besoin d'aller chercher une lettre de Baudelaire pour... quoi? donner raison aux lycéens? opposer le Banni à la Grande Gloire Nationale? Même si cela fait un peu "Théorie du Complot", je me demande s'il ne serait pas avantageux de continuer à donner de Victor Hugo une image tronquée, alors même qu'il proclame la force de sédition de l'Amour, alors même qu'il est celui qui a écrit Les Misérables, dont la Préface peut encore venir nous secouer, alors même qu'il est celui que Mélenchon a pu lire, un soir de février, pour galvaniser le Peuple. Dans ce contexte, accréditer le fait qu'il ne peut plus parler à notre jeunesse, c'est se débarrasser de lui, tout en renouvelant le "coup de la Princesse de Clèves".  

Allez, pour finir sur une note plus légère, je vous renvoie à ce joyeux billet d'une prof de français et pour conclure, à ce que disait Pierre Albouy: "Victor Hugo est, dans notre littérature, le monstre familier. On ne l'aborde jamais sans épouvante, mais non plus sans ironie. Avec gêne et sans-gêne. C'est le poète-océan et c'est le père Hugo. On le connaît mal et tout le monde le connaît. [...] Hugo est vivant. Les plus familiers avec lui sont les enfants de nos écoles primaires, les enfants aux yeux point étonnés, et le peuple." (Mythographies, José Corti, 1976, p.53).

Alors, finalement, réjouissons-nous, oui, réjouissons-nous qu'au Bac, on ait pu lire les vers suivants: 

"Soyez heureux pendant que nous sommes pensifs.
Dieu veut qu'on ait aimé. Vivez! faites envie,..."

 Image illustrant ce billet trouvée ici: http://en.wikiquote.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables 

 

10:49 Publié dans Hugo2 | Lien permanent | Commentaires (2)

lundi, 09 juin 2014

Retour de brocante : le petit chaperon rouge

pcr lapin blanc.jpg"Il était une fois de village, la plus jolie qui fût au monde". Air connu. Mais c'est la fin qui est désopilante dans cette version (dans la collection Féeries, Editions René Touret, 1954, ai-je vu sur Internet...).

A la fin, donc, le Petit Chaperon Rouge échappe au loup. Survient le chasseur. Le loup s'enfuit et pour éviter de se faire dévorer par les chiens du chasseur, bondit dans un puits où il se noie. 

"Alors, apparut un soudain un petit lapin blanc qui, tout en sautillant autour du Petit Chaperon Rouge, lui dit:
- Je suis la fée du bois voisin et je t'ai suivi au cours de ta promenade. Je t'ai vu désobéir à ta maman en t'arrêtant pour parler au loup et en courant de droite et de gauche au lieu de poursuivre ton chemin. C'est moi qui ai guidé le chasseur sur les traces du loup, afin que tu aies la vie sauve. Mais vois comme il est grave de désobéir et songe à ce qui serait arrivé si je ne t'avais pas protégé. Le petit Chaperon Rouge comprit alors sa faute."

Bon, jusque là, ça va (enfin, mis à part le lapin...) mais une idée ne vous traverse-t-elle pas comme elle m'a traversée? Et la grand-mère? Elle reste au fond du puits dans l'estomac du loup? Eh bien, oui!!

"Le bon chasseur ramena le Petit Chaperon rouge dans la maison où se trouvait sa mère-grand à lui. Celle-ci essuya les larmes de la petite fille et, tous ensemble, ils mangèrent la galette et le pot de beurre que Chaperon Rouge avait apportés.

Le chasseur ramena enfin Chaperon rouge auprès de sa maman à qui elle raconta cette terrible histoire. Elle promit bien de ne jamais plus répondre aux Loups lorsque l'un de ceux-ci s'aviserait encore de lui parler".

Du moment que la morale est sauve !!...

samedi, 24 mai 2014

Sara à l'ESPE de Lyon !

Si vous êtes à Lyon, ne manquez pas le colloque "Métamorphoses" (lundi, mardi 26 et 27 mai) ni la rencontre avec Sara (mercredi 28 mai) ! 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontre avec l’auteure-illustratrice Sara à la BUFM de La Croix-Rousse

 

        Le mercredi 28 mai de 14h30 à 16h30, Amphi Louise Michel,

                       autour du thème de la métamorphose

 

 

Auteure de plus de 30 albums, la plupart sans texte, Sara raconte des histoires de rencontres, de solitudes, d’amour, d’amitié… Son oeuvre singulière, incontournable, occupe une place unique dans l’univers du livre de jeunesse et a été récompensée plusieurs fois par des jurys internationaux.

La métamorphose est au cœur de son art : Sara raconte ses histoires avec des papiers déchirés. La métamorphose se fait écriture. Dans son album ‘Les Métamorphoses d’Ovide’ dont elle choisit d’illustrer 4 fables, la métamorphose devient son sujet.

 

Nous échangerons avec Sara qui nous parlera de son œuvre, de ses ateliers avec des enfants…et de de la métamorphose !

 

Le programme du colloque metamorphose_program_der.pdf

 

Marie-Odile Derrien

Pôle Lettres, Langues, Littérature de Jeunesse

BUFM Rhône Croix Rousse

Service Commun de Documentation

Université Claude Bernard Lyon  1

Tel : 04 72 07 30 93 (33 45)

courriel : marie-odile.derrien@univ-lyon1.fr

11:36 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2)

jeudi, 01 mai 2014

Disputes sur la langue française en 1910

Poursuivant ma lecture du Journal des instituteurs, j'ai revisité ma collection et suis allée rechercher mon plus ancien numéro, celui du 13 novembre 1910.
Un Inspecteur d'Académie, L. Le Chevallier, y fustige un adversaire, qu'il ne nomme pas, et à qui il reproche son purisme. J'ai trouvé intéressant de noter certaines des expressions qui faisaient problème : "L'auteur ne veut pas qu'on écrive nonobstant; on devrait écrire ce nonobstant. Il ne veut pas qu'on dise être à court d'argent mais être court d'argent. Il ne permet pas non plus qu'on se dispute, il veut qu'on dispute ensemble. [...] Il se plaint de ce que l'on écrit embobiner au lieu de embabouiner." Et notre inspecteur de conclure: "Ce n'est pas à de pareilles minuties qu'il convient de s'arrêter".
Sage inspecteur...!

La saison des brocantes a repris

Aujourd'hui, c'était Saint-Etienne du Bois, où j'ai trouvé deux numéros du Journal des instituteurs.

La question des rythmes scolaires était à peu près aussi claire qu'aujourd'hui: dans le numéro 47-48, 16 et 23 août 1919, on peut lire: "Un député, M. Josse, a demandé à M. le Ministre que le congé hebdomadaire du jeudi soit reporté au samedi.
A cette demande, il a été fait, à deux jours d'intervalle, deux réponses qui ne concordent pas exactement. La première, que "cette modification au régime traditionnel ne parait pas désirable. Le congé du jeudi, en interrompant les travaux scolaires au milieu de la semaine, apporte aux maîtres et aux élèves un repos qui a toujours été nécessaire. Il répond à un réel besoin". (Officiel du 28 juin, réponse à une question écrite).

La deuxième a été formulée en ces termes par M. le Ministre à la Tribune de la Chambre: "La question est étudiée, mais cette mesure ne va pas sans quelque difficulté. Je me demande si les maîtres et les élèves pourront, pendant cinq jours ininterrompus, produire un travail aussi intense qu'ils produisent, et s'il n'est pas préférable de couper la semaine par le congé du jeudi. C'est une question qu'il faut étudier de très près; il y faudra des expériences prudentes et des enquêtes sérieuses" [...]. (Officiel du 1er juillet)

PS : amusant, la semaine avec congé le samedi était appelée "semaine anglaise".

jeudi, 19 décembre 2013

Vous pouvez arrêter de tirer...

... elle est morte, la formation des enseignants.

Je m'étais pourtant promis de ne plus réagir mais voilà que dans Le Nouvel Observateur du 12 décembre, je lis dans un article intitulé "L'école idéale" (j'aurais dû me méfier!), "Leçon n°2: former les enseignants aux meilleures pratiques [...] Ce qui bloque en France: Sophie, la trentaine, professeur des écoles dans les Yvelines raconte: A l'IUFM, on nous a présenté les différentes méthodes pour apprendre à lire, mais sans nous guider sur laquelle choisir et pourquoi!". Point barre. C'est de l'enquête journalistique, ça, ou je ne m'y connais pas.

Chaque fois que l'on parle de la formation à l'IUFM, vous pouvez être sûrs que l'on convoque une personne, une seule, généralement une femme (eh oui, l'éducation, c'est une affaire de femmes... mais bon, ne chipotons pas là-dessus, je ne peux pas vous fournir de chiffres exacts). Elle habite généralement dans la région parisienne (vous ne voudriez quand même pas qu'on aille jusqu'en Corrèze, non? euh, non, mauvais exemple, la Corrèze...). Et puis, la région parisienne, cela a l'avantage d'évoquer les hordes de sauvageons auxquelles l'enseignante en question est forcément confrontée, sans qu'on lui ait donné aucun moyen de les domestiquer. Elle est jeune, mais pas trop (il faut que ses critiques portent, qu'elles soient frappées à l'aune du bon sens, d'une certaine maturité alliée à un enthousiasme éducatif intact). Elle est bien sûr anonyme (on ne balance pas nos sources, nous: il pourrait leur arriver malheur). Et elle raconte (parfois, remarquez, elle témoigne): du vrai, du concret, du vécu, du saignant! Et sur LE sujet qui fâche: l'apprentissage initial de la lecture, beaucoup plus glamour que les difficultés à ponctuer un texte -je ne sais pas pourquoi je prends cet exemple, mais vous voyez ce que je veux dire; les parents angoissent rarement devant quelques points mal placés-.

Et toujours, toujours, ça commence ainsi : "A l'IUFM", entité redoutable et monolithique. Comme si tous les IUFM faisaient la même chose, comme si tous les formateurs faisaient la même chose, comme si tous les formateurs faisaient la même chose dans tous les cours. Une fois le décor planté, une fois le lecteur déjà prévenu, le scandale peut commencer: "on". Qui, on? On. Ce "on" que je rencontre quand je parle avec les jeunes, les PES (ceux qui sont pour la première année en classe) et qui, dans ce cas, cesse de représenter l'IUFM, mais désigne le conseiller pédagogique, l'inspecteur, bref, celui qui lors d'une première visite, tente de faire le lien entre le métier rêvé et le métier exercé: "On nous dit qu'il faut...". Ce "on" fantasmatique auquel ils se raccrochent pour leur servir de référence à la fois abhorrée et nécessaire pour tenter d'y voir clair. Ce "on" qu'une vraie formation pourrait leur permettre de mettre à distance, pour dire "je" et mieux, "nous". Bref. 

Et qu'est-ce qu' "on" lui a dit, à l'IUFM, à Sophie? On lui a présenté les méthodes de lecture (remarquez, d'habitude, dans ce genre d'enquêtes, elle n'aurait même pas dû en entendre parler). Et on ne lui a pas dit laquelle prendre. Alors, là, voyez-vous, j'explose.

Parce que quand on dit ce qu'il "faut" faire, on nous accuse de formater les étudiants/stagiaires  (comment les appeler, de nos jours?). Et à juste titre, d'ailleurs. Bon, je me calme.

1) Je me vois mal déclarer: "Prenez cette méthode-là et pas les autres" (d'autant que sur le terrain, ailleurs que dans les Yvelines, apparemment, les "petits jeunes" n'ont pas le choix de leur méthode car les manuels, que le Ministère leur recommande chaudement d'utiliser, sont déjà dans la classe quand ils arrivent). Je suis déjà bien contente quand j'ai une heure (non, pas deux, cela serait trop) pour leur expliquer comment on peut utiliser une méthode, la faire à sa main, en quelque sorte.

2) moi, là qui vous parle, non pas des Yvelines, mais de la Bresse, non pas Sophie, mais Christine, qui n'ai hélas plus la trentaine depuis longtemps, je certifie que j'indique ce qui me paraît le plus efficace en me fondant, n'en déplaise à certains, sur ce que m'ont dit les collègues du terrain avec qui j'ai pu travailler; en me rappelant les observations que j'ai pu faire quand on me laissait encore pénétrer dans les classes; en tenant compte des livres et articles que j'ai pu lire; en remettant en cause aussi certaines de mes convictions qui se sont avérées insuffisamment solides, etc., bref, en travaillant, comme l'immense majorité de mes collègues, le plus honnêtement possible. 

3) mais tout de suite après, je dis aux petits jeunes que s'il y a un "il faut" à respecter, c'est celui de se faire leur propre idée, en refusant de suivre un manuel à la lettre, en tentant des choses, en les analysant et en les améliorant. Et mon travail de formatrice, ce n'est même pas de dire pourquoi telle ou telle "méthode" est une "bonne pratique" (désolée, Sophie...) mais de donner à ceux que j'ai l'honneur de former les moyens de faire cette analyse eux-mêmes. C'est ce que nous avons essayé de faire dans certains IUFM, dans certains cours, à certains moments. Et je tiens à mon "nous", celui qui défend une profession, injustement salie, une expertise.

Pourquoi je m'énerve? Parce que c'est à cause d'articles comme celui-là que l'on a pu, pendant des années, calomnier tout un corps de métier sans jamais prendre le temps de venir y voir de plus près. Quelqu'un a-t-il jamais vu un reportage conséquent (plus de 3 mn) sur ce qui se passait dans une salle de cours, "à l'IUFM"?

Et qu'on ne vienne pas me dire avec un sourire ravi: "Ah ben, c'est bien, maintenant, ça recommence?", de l'air dont on parle à un malade qu'on a cru en phase terminale et dont on se rend compte que finalement, il n'avait qu'un rhume: soulagé et légèrement irrité ("Vous voyez, on vous l'avait bien dit, ce n'était pas si grave"). Non, qu'on se le dise, "ça" ne recommence pas : la seule chose que nous avons gagnée, c'est que les M2 vont être payés. Mais sinon, pour qu'il y ait formation, il faut une structure, clairement identifiée, qui construise et pilote cette formation, ce que nous n'avons pas, des moyens, ce que nous n'avons plus, du temps, ce que nous avons encore moins qu'avant. Sarkozy s'est vanté d'avoir supprimé les IUFM, Hollande l'a fait.

dimanche, 29 septembre 2013

Les vieux objets selon Maupassant

Nous avons en haut, sous le toit, une grande chambre de débarras, qu'on appelle « la pièce aux vieux objets ». Tout ce qui ne sert plus est jeté là. Souvent j'y monte et je regarde autour de moi. Alors je retrouve un tas de riens auxquels je ne pensais plus, et qui me rappellent un tas de choses. Ce ne sont point ces bons meubles amis que nous connaissons depuis l'enfance, et auxquels sont attachés des souvenirs d'événements, de joies ou de tristesses, des dates de notre histoire ; qui ont pris, à force d'être mêlés à notre vie, une sorte de personnalité, une physionomie ; qui sont les compagnons de nos heures douces ou sombres, les seuls compagnons, hélas ! que nous sommes sûrs de ne pas perdre, les seuls qui ne mourront point comme les autres, ceux dont les traits, les yeux aimants, la bouche, la voix sont disparus à jamais. Mais je retrouve dans le fouillis des bibelots usés ces vieux petits objets insignifiants qui ont traîné pendant quarante ans à côté de nous sans qu'on les ait jamais remarqués, et qui, quand on les revoit tout à coup, prennent une importance, une signification de témoins anciens .

Maupassant, « Vieux objets », Contes et nouvelles - citation trouvée sur la page suivante: http://imagesrevues.revues.org/116#bodyftn34 -