mardi, 01 mai 2012

Brocantes : plaisir n°3

BZ013212.jpgC'est qu'on friserait  le surmenage. Deux brocantes coup sur coup... Et un petit défilé entre les deux. Ouououfffff!

N'empêche : pas de regrets. C'était de la belle et bonne brocante, à Saint-Etienne-du-Bois. Variée, dense, honnête. Vers la fin, le temps s'est fait menaçant juste ce qu'il faut pour mettre un peu de piquant dans le départ et le rangement et pour alimenter les conversations.

C'était une belle et bonne brocante, donc, avec son lot de petites phrases: "Faut venir à 4 heures du mat'", "Non, mais il faudrait leur donner !", "Faudrait que je leur file 5 euros pour qu'ils l'emportent", "Ce sont des vraies! " (Barbie), "Victor Hugo ? Bah, un euro...".

Avec les airs satisfaits de part et d'autre: de celui qui vend, heureux de se débarrasser de l'objet que celui qui l'achète est heureux d'acquérir (comment ça, pas clair ?); de celui qui s'en va avec un trésor dont personne ne voudrait sauf lui, persuadé qu'il est d'avoir fait une affaire.

Sans compter l'étude sauvage et complètement impressionniste que permettent les cartons pleins de poussière où s'empilent les oeuvres étudiées tout au long d'une scolarité. Détestées peut-être? En tout cas répétées d'un stand à l'autre, témoins des modes didactiques déjà oubliées. Sans compter les traces des abonnements à l'Ecole des Loisirs, livres presque neufs, jamais vraiment lus, victimes sacrifiées sur l'autel du "Y fô lire".

Bon, alors, dites-vous, qu'est-ce que j'ai trouvé?

Un recueil du Musée des familles, Lectures du soir (1853-1856), aux superbes gravures, telles celle-ci :

img083.jpgUn numéro de la revue The Griffin (débutants, septembre-octobre 1962, n°48), avec ses dessins délicieusement "vintage" :

img084.jpgUn Cahier de récitations des années 30 dans lequel on peut lire des poèmes comme celui-ci:

"La chatte noire" (François Fabié, La poésie des bêtes)

Près du moulin, dans le verger,
Au soleil on voit s'allonger
Une chatte couleur d'ébène;
Il est bien certain qu'elle dort:
Ses yeux ne sont que deux fils d'or,
Et ses griffes sont dans leur gaine... [...] (la suite est censurée: une affaire d'oiseau, inutilement cruelle...)

Un livre d'Ira Levin, Les femmes de Stepford. J'avais tellement aimé Un bonheur insoutenable, du même.

Et enfin, Victor Hugo pleurant la mort de sa fille, de Louis Perrollaz, Etude historique & psychologique sur les PAUCA MEAE (Besançon, 1902), avec une dédicace de l'auteur, professeur de philosophie au collège Monge (Beaune, le 19 mars 1911). J'espère que dans cet ouvrage, que je n'ai pas encore lu, seront cités ces vers, parmi mes préférés:

Oh! que de soirs d'hiver radieux et charmants
Passés à raisonner langue, histoire et grammaire,
Mes quatre enfants groupés sur mes genoux, leur mère
Tout près, quelques amis causant au coin du feu !
J'appelais cette vie être content de peu !

Non, avertie par "mon" poète, je ne dirai pas que savourer la bonne journée que j'ai passée, c'est "être contente de peu"...

Carte postale trouvée sur le site : http://boutique.geneanet.org/catalog/cartes_postales.php?...

dimanche, 29 avril 2012

Brocantes : plaisir n°2

Avant, la brocante de Péronnas (non, ne cherchez pas sur la carte, c'est collé à Bourg; en revanche, si vous êtes footeux, cela devrait vous dire quelque chose: "on" a fait un petit quelque chose, cette année, en Coupe de France), c'était la première "vraie" brocante.

peronnas.pngAvant, nous habitions là où elle se tenait : dès potron-minet, nous percevions l'agitation des "exposants", rumeur de l'événement qui se préparait. Le quartier tout entier sentait la merguez et le sandwich au jambon. J'y ai trouvé de bien belles choses (une vieille table d'école, en particulier mais aussi des romans de Balzac, illustrés, publiés en feuilleton). Puis la brocante a déménagé, de l'autre côté de la Nationale. Elle a encore connu quelques heures de gloire et puis elle s'est éteinte. Vaincue par le plastique, les vêtements de bébé, les DVD et les faux "exposants", les pros qui ne disent pas leur nom et qui vendent de la camelote clinquante.

Nous avons, nous aussi, déménagé. Nous nous obstinons à ne pas rater la brocante de Péronnas. Mais le coeur n'y est plus tout à fait. Surtout quand le vent s'en mêle, au point de nous pousser dans le dos et vers la sortie.

Alors, dites-vous, qu'est-ce que j'ai trouvé ?

Des livres (c'est vrai, c'est ce qui me manque le plus...)

L'île du jour d'avant, d'Umberto Eco, Qumran, d'Eliette Abecassis, Scarpetta, de Patricia Cornwell et L'armée furieuse, de Fred Vargas.

Maintenant, il va falloir prendre le temps de les lire, je veux dire s'autoriser à les lire. Je crois que c'est surtout, ça, les vacances: ne pas sentir de culpabilité à faire ce que l'on fait. C'est quand, les vacances?

N'empêche, avant, la brocante de Péronnas, c'était mieux. Avant, mais avant quoi?

dimanche, 15 avril 2012

Il me semble que j'y vois plus clair

Juste un tout petit mot car je viens de me faire opérer de la cataracte : je ne peux donc rester très longtemps à lire ou à écrire. Mais justement, l'avantage de cette opération, c'est qu'elle permet d'y voir plus clair ou du moins, d'en avoir l'illusion.
Je suis frappée par la convergence des arguments utilisés contre Mélenchon et ceux utilisés, en son temps, contre Victor Hugo. C'est là que j'aurais voulu vous trouver de belles citations bien convaincantes et que je vais m'abstenir. Néanmoins, voici les deux stratégies que j'ai pu repérer.

1) Séparer la forme du fond, admirer la forme, pour mieux discréditer le fond: Hugo, ah, Hugo, ses métaphores, son vocabulaire,  ses antithèses, etc. Mélenchon, ah, Mélenchon, son talent de tribun, son humour, son sens de la formule, etc. Dommage, quand même, que toute cette pyrotechnie soit au service de rêves irréalisables, voire dangereux. A cent cinquante ans de distance, le discours n'a pas changé. Le problème, n'en déplaise à certains, c'est que forme et fond ne font qu'un.

2) L'incompréhension, feinte ou réelle, du fait que ni Hugo ni Mélenchon ne disent "je" pour parler d'eux; qu'ils se font "échos sonores", que leur moi n'est pas en cause, qu'ils se font porte-parole d'un peuple qui, grâce à eux, entrevoit l'espérance de devenir lui-même sujet  de son destin. "Nul n'a l'honneur d'avoir une vie qui soit à lui", disait Victor Mélenchon à moins que ce ne soit Jean-Luc Hugo.

 

 

 

 

 

dimanche, 08 avril 2012

Brocantes: plaisir n°1

Brocante n°1 : Coligny (sur la place du village et dans un endroit couvert mais... comment dire? aéré)

 

 

 

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Adresse de la photo

La première brocante est généralement ratée : on a beau se dire que l'année prochaine, on patientera, on n'ira pas trop tôt, fatalement, on s'impatiente et sous prétexte qu'il ne fait pas mauvais, enfin pas trop, que c'est Pâques, que... et que... voilà qu'on se précipite. Il fait froid, les exposants sont peu nombreux et comme ils ont toute une saison devant eux, ils peuvent se montrer impitoyables.

Mais le plaisir, au fond, c'est de retrouver... le plaisir des brocantes. Goût de fraises un peu vertes. On n'est pas blasé. On fouille tout bien consciencieusement (avec le choix qu'on a, on aurait tort de se dépêcher!). Et surtout, avant même d'arriver au village, on retrouve ses sensations, comme disent les footeux. L'impression que LE livre, LA gravure, LA figurine que l'on attend se trouvent à portée de main, enfouis dans un carton plein de poussière.

Alerte, on remarque tout, on entend tout: la dame qui vend à une autre un scapulaire ("Mais si ça vient d'un curé, c'est mieux, bien sûr"). Vient le doute: était-ce, au fond, un scapulaire? Dans une boîte à bijoux? La dame qui fond devant de petits piluliers: "Va demander de l'argent à Papa". Parmi les livres, un bouquin sur Sarkozy: L'Incompris. Bouquin qu'on cache négligemment sous un autre. On ne sait jamais...

Bon, dites-vous, qu'est-ce que j'ai trouvé ?

Alors, pour Fiston Deuxième :

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Et pour moi :

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Et en supplément gratuit :

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Le petit carnet 1900 est le journal d'une religieuse qui commence ainsi: "Nous sommes en pleine mission. Le père missionnaire est venu me confesser ce matin".

Et dans l'autre carnet ont été recopiés des poèmes : "Pour chérir nos aimés, n'attendons pas demain" (Duchesse de la Roche-Guyon). Une leçon de vie, n'est-ce pas ce qu'on vient chercher, au fond, dans les brocantes ?

jeudi, 05 avril 2012

De fil en aiguille et de Christie's en tweet...

 

Quant à moi, qui parle ici, j’admire tout comme une brute.
C’est pourquoi j’ai écrit ce livre.

Admirer. Être enthousiaste. Il m’a paru que dans notre siècle cet exemple de bêtise était bon à donner.

 

Victor Hugo, WilliamShakespeare, II, IV, 2-3

 

vendredi, 30 mars 2012

Il y a cent cinquante ans aujourd'hui...

... avait lieu la publication, à Bruxelles, de Fantine, la première partie des Misérables, dont Hugo disait: "Ma conviction est que ce livre sera un des principaux sommets, sinon, le principal, de mon oeuvre" et aussi: "Le drame de la conscience, l'épopée de l'âme, c'est là le livre. C'est là sa nouveauté et son inattendu, ce sera là, je ne dis pas le succès d'une minute, mais la certitude de l'avenir".

Pour ceux qui hésiteraient encore à se lancer dans la lecture intégrale, voici ce qu'il écrivait à son éditeur, Lacroix, le 7 février 1862: "C'est l'ensemble qui est tout. Tel détail qui peut sembler long dans la première ou la deuxième partie est une préparation de la fin, et ce qui aura paru longueur au commencement ajoutera à l'effet dramatique du dénouement".

La préface (cliquez pour la voir; source: gallica.bnf.fr)

f17.highres.jpg"Tant qu'il existera, par le fait des lois et des moeurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d'une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l'homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l'atrophie de l'enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l'asphyxie sociale sera possible ; en d'autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles."

Sinon, un "je me souviens" inspiré de Perec:

Je me souviens

de Monseigneur Myriel
qui va rendre visite au Constitutionnel mourant et lui demande sa bénédiction
qui accueille Jean Valjean en le vouvoyant et en l'appelant "Monsieur"
qui fait sortir pour lui son argenterie et ses meilleurs draps
qui lui donne les chandeliers qu'il gardera jusqu'à sa mort ("Il était renversé en arrière, la lueur des deux chandeliers l'éclairait")

de Jean Valjean
qui court après Petit Gervais pour essayer de lui rendre la pièce qu'il lui a volée
qui sauve un homme en soulevant une charrette
qui se dénonce au tribunal, en citant des détails qu'il est le seul à pouvoir connaître, pour innocenter Champmathieu
qui transporte Marius dans les égoûts
dont la tombe porte ces vers, "illisibles" et "probablement aujourd'hui effacés":
"La chose d'elle-même simplement arriva,
Comme la nuit se fait lorsque le jour s'en va."

du chapitre sur le couvent
du chapitre sur les égoûts
du chapitre sur l'argot, improbable, hallucinant, splendide:

"C'est l'inintelligible dans le ténébreux. Cela grince et cela chuchote, complétant le crépuscule par l'énigme. Il fait noir dans le malheur, il fait plus noir encore dans le crime; ces deux noirceurs amalgamées composent l'argot. Obscurité dans l'atmosphère, obscurité dans les actes, obscurité dans les voix. Epouvantable langue crapaude qui va, vient, sautèle, rampe, bave, et se meut monstrueusement dans cette immense brume grise faite de pluie, de nuit, de faim, de vice, de mensonge, d'injustice, de nudité, d'asphyxie et d'hiver, plein midi des misérables.

Ayons compassion des châtiés. Hélas! qui sommes-nous nous-mêmes? qui suis-je, moi qui vous parle? qui êtes-vous, vous qui m'écoutez? d'où venons-nous? et est-il bien sûr que nous n'ayons rien fait avant d'être nés? La terre n'est point sans ressemblance avec une geôle. Qui sait si l'homme n'est pas un repris de justice divine?

Regardez la vie de près. Elle est ainsi faite qu'on y sent partout de la punition.

Etes-vous ce qu'on appelle un heureux? Eh bien, vous êtes triste tous les jours. Chaque jour a son grand chagrin ou son petit souci. Hier, vous trembliez pour une santé qui vous est chère, aujourd'hui vous craignez pour la vôtre; demain ce sera une inquiétude d'argent, après-demain la diatribe d'un calomniateur, l'autre après-demain le malheur d'un ami; puis le temps qu'il fait, puis quelque chose de cassé ou de perdu, puis un plaisir que la conscience et la colonne vertébrale vous reprochent; une autre fois, la marche des affaires publiques. Sans compter les peines de coeur. Et ainsi de suite. Un nuage se dissipe, un autre se reforme. A peine un jour sur cent de pleine joie et de plein soleil. Et vous êtes de ce petit nombre qui a le bonheur! Quant aux autres hommes, la nuit stagnante est sur eux"

ET VOUS ? De quoi vous souvenez-vous dans Les Misérables ?


mardi, 27 mars 2012

Eluard, "La mort, l'amour, la vie"

Les hommes sont faits pour s'entendre
Pour se comprendre pour s'aimer
Ont des enfants qui deviendront pères des hommes
Ont des enfants sans feu ni lieu
Qui réinventeront les hommes
Et la nature et leur patrie
Celle de tous les hommes
Celle de tous les temps.

jeudi, 08 mars 2012

Communiqué de presse à propos de l'IUFM de Saint-Etienne

Voici le communiqué de presse émanant du

Collectif des personnels et usagers du Site IUFM de la Loire

face à la

remise en question des Masters Education à Saint­‐Etienne

et aux menaces de fermeture sur le Site de la Loire de l'Université Lyon 1.

Communiqué Presse.pdf

mercredi, 29 février 2012

Le programme de Victor Hugo

Le 16 septembre 1862, voici les questions sociales que Hugo mettait à l'ordre du jour: "Paupérisme, parasitisme, production et répartition de la richesse, monnaie, crédit, travail, salaire, extinction du prolétariat, décroissance progressive de la pénalité, misère, prostitution, droit de la femme qui relève de minorité une moitié de l'espèce humaine, droit de l'enfant qui exige -je dis exige- l'enseignement gratuit et obligatoire, droit de l'âme, qui implique la liberté religieuse, tels sont les problèmes." (à un banquet organisé à Bruxelles en l'honneur des Misérables).

dimanche, 19 février 2012

D'autres vies que la mienne, E. Carrère

1.jpgJasenka Petanjek for openphoto.net CC:Attribution-ShareAlike

Voilà, je l'ai lu. J'en attendais beaucoup mais j'ai été déçue. Il y a des moments émouvants. Mais j'en veux à l'auteur de m'avoir bouleversée avec du vrai. De m'avoir bouleversée parce que je savais que c'était vrai. De ne pas avoir fait travail de littérature, de m'avoir renvoyée, sans l'alchimie nécessaire, à mes angoisses.

J'ai, après cette lecture, l'impression que me laissent certaines conversations ratées avec des amies proches: elles ont posé leur paquet de chagrins, elles n'ont pas allégé le mien. Mais ce que l'on pardonne aisément à des amies, parce que ce sont des amies, est plus difficile à admettre quand il s'agit d'un livre. Pourquoi l'avoir écrit, celui-là? Semble-t-il bien plus pour se délivrer d'un fardeau que pour partager, malgré les déclarations en ce sens.

Et puis, ce mépris, même avoué, même lucide, pour les petites gens, ceux qui habitent dans des lotissements, qui ne mènent pas une vie brillante et parisienne. De quel droit? Je sais, c'est injuste: l'auteur sait qu'il pourrait tomber dans ce travers et fait de louables efforts pour l'éviter. Cela agace, tout de même.

Ce livre voudrait tellement être généreux, sans y parvenir...